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Exclusif « Par la pensée, par la passion, je n’ai jamais quitté le football » (Michel Platini)

Paris - Publié le mardi 19 mars 2019 à 11 h 01 - n° 142322 « En réalité, je ne suis pas parti. Par la pensée, par la passion, je n’ai jamais quitté le football. Après, revenir ? Comment ? Je ne sais pas du tout », déclare Michel Platini, suspendu pour quatre ans de toute activité dans le football depuis le 08/10/2015 (à cause d’un versement par la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association de 2 millions de francs suisses, soit 1,54 M€ au moment du paiement en 2011 pour ses fonctions entre 1999 et 2002 de conseiller de Joseph Blatter, alors président de la FIFA), dans un entretien exclusif à News Tank, le 18/03/2019.

« Le sort du football ne doit plus être la chasse gardée d’une poignée d'élus. Défendez l’esprit du jeu. Défendez notre football ! », a écrit l’ancien international français et ex-président de l’UEFAUEFAUnion des Associations Européennes de Football (2007-2015) à la FIFProFIFProFédération Internationale des Footballeurs Professionnels, le 03/03/2019, « demandant aux joueurs de pousser la porte de l’IFABIFABInternational Football Association Board, organisme garant des lois du jeu afin qu’ils puissent y faire entendre leurs voix et peser sur les changements des règles, puisqu’ils sont les premiers impactés », comme l’a indiqué le syndicat international.

« Alors que les joueurs sont aujourd’hui présents, écoutés et entendus à tous les étages ou presque de la gouvernance du football international, comment comprendre que les footballeurs soient toujours tenus à l’écart de l’organisme qui gère les règles de notre jeu, alors qu’ils en subissent, les premiers, les conséquences directes ? », répond Philippe Piat, président de la FIFPro, le 15/03/2019.

« J’ai toujours pensé que le football appartenait aux footballeurs. Le football est organisé par des instances, c’est bien, mais elles n’en ont pas la propriété », affirme Michel Platini.

Comment vit-il sa suspension qui s’achèvera le 08/10/2019 ? « Je ne me sens pas prisonnier de quoi que ce soit. Je fais ce que je veux quand je pense devoir le faire. Je vais voir les matches que je veux. J’ai profité de cette soi-disant suspension pour faire un break. Un bon break après 45 ans d’activité. »

Michel Platini répond aux questions de News Tank.
Michel Platini, à Athènes (GRÈ), le 14/09/2016 - © D.R.
Michel Platini, à Athènes (GRÈ), le 14/09/2016 - © D.R.
  • Pourquoi avez-vous de choisir d’adresser une lettre à la FIFProFIFProFédération Internationale des Footballeurs Professionnels, le 03/03/2019 ?

Philippe Piat et Michel Platini - © UNFP C’est suite aux décisions de l’International BoardIFABInternational Football Association Board, organisme garant des lois du jeu prises la veille. Ce qui m’a heurté, c’est la volonté de cette instance de supprimer la notion d’intentionnalité d’une faute : même totalement involontaire, une main pourra être sanctionné d’un penalty.

A la différence de beaucoup de personnes, j’ai été dans ce monde-là, je le connais. L’International Board réunit quatre représentants de la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association, le président et trois de ses proches, et les présidents des quatre Fédérations britanniques (anglaise, écossaise, galloise et nord-irlandaise). Et autour, il y a des arbitres. Quand j’y ai siégé, je me sentais le garant des joueurs et du jeu, mais cela ne doit hélas plus beaucoup exister…

Mon coup de gueule consiste donc à dire aux joueurs : défendez votre football, l’esprit du football ! Mon courrier, je ne l’ai pas envoyé à n’importe qui, je l’ai adressé à Philippe Piat, le président de la FIFProFIFProFédération Internationale des Footballeurs Professionnels.

  • Est-il normal qu’en 2019, ce soit encore les quatre Fédérations britanniques et la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association qui constituent l’IFABIFABInternational Football Association Board, organisme garant des lois du jeu, l’instance créée en 1886 qui est gardienne des Lois du jeu ?

C’est la représentation de la FIFA qui n’est pas bonneJe pense que la tradition est importante, les Lois du jeu ont été établies par les Britanniques -comme au rugby- et ensuite, la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association, créée en 1904, a intégré l’International Board et a pris le pouvoir : elle a quatre voix, les Fédérations britanniques en ont quatre aussi (une chacune), mais elles sont séparées, il faut six voix pour prendre une décision. Cette répartition ne me choque pas, ce n’est pas mal. Mais c’est la représentation de la FIFA via ses quatre membres qui n’est pas bonne.

  • Dans ce schéma, vous avez le sentiment que les joueurs ont perdu tout pouvoir ?

En réalité, ils ne s’y sont jamais intéressés.

  • Il y a pourtant aujourd’hui des présidents de fédérations qui sont d’anciens joueurs : Zbigniew Boniek en Pologne, Dejan Savicevic au Montenegro, Luis Rubiales en Espagne, il y a aussi Zvonimir Boban qui est secrétaire général adjoint à la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association

Et vous pensez que ce sont eux qui commandent ? Mon pouvoir était fort parce que j’étais vice-président de la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association (en tant que président de l’UEFAUEFAUnion des Associations Européennes de Football). Quand on est fort à la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association, on a le pouvoir de faire des choses. 

  • Mais la FIFProFIFProFédération Internationale des Footballeurs Professionnels à qui vous avez adressé votre courrier a-t-elle les moyens d’acquérir une influence plus forte qu’aujourd’hui ?

Michel Platini - © beIN Sports J’espère. Elle n’a qu’à faire en sorte d’en avoir plus. Ce serait bien qu’elle se bouge un peu… Elle a fait beaucoup de syndicalisme, très bien ! J’aimerais qu’elle fasse un peu plus de politique… Et par ailleurs, à qui vouliez-vous que j’adresse cette lettre ?

  • Vous parlez des joueurs, mais englobez-vous tous les entraîneurs, les éducateurs ?

Oui, quand je dis les joueurs, j’entends tous les gens du football, ceux qui jouent à deux contre deux, à trois contre trois, les footballeurs du dimanche aussi, tous ceux qui sont sur le terrain ou au bord.

  • Vous avez dit à Athènes devant le congrès de l’UEFAUEFAUnion des Associations Européennes de Football, le jour de l’élection de votre successeur, Aleksander Ceferin, le 16/09/2016, qu’il fallait «  conserver un équilibre entre réalités sportives et intérêts économiques »…

Je l’ai dit, c’est vrai. J’ai dit aussi, ce jour-là, que le football n’appartenait pas à la FIFA et à l’UEFA ! Le football appartient aux footballeurs.

  • On a plutôt le sentiment qu’il appartient aujourd’hui aux instances, aux clubs, aux diffuseurs qui apportent la première source de revenus…

Le football existait avant la FIFAJ’ai toujours pensé que le football appartenait aux footballeurs. Le football est organisé par des instances, c’est bien, mais elles n’en ont pas la propriété. Le football est une flamme et il existait même avant la création de l’International BoardIFABInternational Football Association Board, organisme garant des lois du jeu, avant la création de la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association, avant la création de l’UEFAUEFAUnion des Associations Européennes de Football et avant même qu’on mette des arbitres sur le terrain. La FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association a été créée pour organiser le football, mais le football existait avant.

  • Vous aviez eu cette jolie formule lors de votre élection, à Düsseldorf (ALL), le 26/01/2007 : « Le football doit être un jeu avant d’être un produit, un sport avant d’être un marché, un spectacle avant d’être un business. » Ce combat est-il perdu ?

J’ai essayé d’instaurer des limites. Le système veut que l’argent arrive, que la VARVARVideo Assistant Referee (assistance vidéo à l'arbitrage) arrive… Les choses arrivent, le système est fait comme ça… C’est comme la mondialisation : elle est arrivée, que vous soyez pour ou contre, elle arrive quand même. Vous ne pouvez pas lutter, mais après, vous pouvez essayer de limiter un peu les effets.

Le football n’a jamais été aussi beauCeci dit, quand on parle de spectacle, le football n’a jamais été aussi beau. L’arrêt Bosman (15/12/1995) fait que les 10 meilleures équipes ont les 100 meilleurs joueurs du monde. Le football entre les meilleures équipes est très beau. Je n’étais pas pour la Ligue des champions, mais c’est devenu un très grand spectacle. Les choses évoluent… En 1992, je n’étais pas favorable au nouveau format, mais on ne peut pas aller contre, car les clubs ne veulent pas être éliminés après avoir disputé un ou deux matches.

  • Après cette lettre à la FIFProFIFProFédération Internationale des Footballeurs Professionnels, avez-vous prévu d’intervenir plus fréquemment ?

Un bon break après 45 ans d’activitéMais je suis libre, je ne me sens pas prisonnier de quoi que ce soit. Je fais ce que je veux quand je pense devoir le faire. Je vais voir les matches que je veux. Je n’ai rien dit, je n’ai critiqué personne, j’ai profité de cette soi-disant suspension pour faire un break. Un bon break après 45 ans d’activité. Mais là, j’ai envoyé une lettre pour dire aux footballeurs qu’ils ne devaient pas se laisser faire.

  • Êtes-vous optimiste pour l’avenir du football ?

Oui, car il y aura toujours des gens qui feront un « deux contre deux » dans un pré. Que vous jouiez pour de l’argent ou pas pour de l’argent, le football continuera.

  • Le football n’est pas menacé de mort par ses tares ?

Non, le football est une flamme. Qui ne s’éteindra jamais.

  • Quand vous dites « le football est une flamme », vous reprenez l’expression de l’Israélien Shimon Peres qui avait dit : « Jérusalem est une flamme », comme vous l’aviez rappelé lors d’un Congrès de l’UEFAUEFAUnion des Associations Européennes de Football organisé en Israël, en 2010…

En effet. Et je l’ai redit à Athènes, en 2016. J’ai dit «  le football est une flamme  » et « le football n’appartient pas à la FIFA et à l’UEFA.  » Et c’est vrai : il y a combien de footballeurs du week-end qui ne jouent ni la Ligue des champions, ni la Coupe du monde, mais qui jouent au football. La FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association et l’UEFAUEFAUnion des Associations Européennes de Football l’organisent, tant mieux pour elles, j’y ai moi-même participé, mais le football ne leur appartient pas.

  • Le football de clubs semble avoir une longueur d’avance sur le football des sélections nationales. Le regrettez-vous ?

C’est vrai que le football de clubs, et notamment la Ligue des champions, sont un peu meilleurs parce que les joueurs sont davantage concentrés dans les grandes équipes. George Weah, il avait davantage de chances de gagner avec l’AC Milan qu’avec le Liberia, c’est sûr.

  • Vous êtes suspendu de toute activité dans le football jusqu’au 08/10/2019. Attendez-vous cette date avec impatience ?

Je ne me suis jamais senti suspenduPas du tout. Je ne me suis jamais senti suspendu. Et encore moins depuis que le Ministère public suisse m’a blanchi ! Mais je continue le combat et je me bats contre l’injustice. Mon recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, c’est aussi un combat pour tous ceux qui sont broyés par un système ou par la justice interne de la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association.

  • «  Je reviendrai dans le football, parce que le football, c’est ma vie  » aviez-vous dit le 26/05/2018…

J’ai dit ça, moi ? En réalité, je ne suis pas parti. Par la pensée, par la passion, je n’ai jamais quitté le football. Après, revenir ? Comment ? Je ne sais pas du tout. J’ai reçu beaucoup de propositions, mais j’ai fait beaucoup de choses dans ma vie. Je réfléchis donc sereinement, tranquillement…

Michel Platini, entretien exclusif à News Tank, le 18/03/2019

« Ce ne serait pas mal que Platini revienne » (N. Le Graët, FFF, le 10/10/2018)

« Ce ne serait pas mal que Platini revienne » (N. Le Graët, FFF, le 10/10/2018)

• « Michel Platini a fait savoir qu’il n’excluait pas un retour dans le foot ? Il ne pourra pas se présenter aux prochaines élections de l’UEFA et de la FIFA, qui ont lieu en février (07/02/2019) et juin 2019 (05/06/2019). Aleksander Ceferin (SLO, président de l’UEFA) fait l’unanimité et sera réélu “en rigolant” . Idem pour Gianni Infantino (ITA-SUI, président de la FIFA), qui a une avance considérable.

• Mais ce ne serait pas mal que Platini revienne. Dans quel rôle ? Cela le regarde, pas moi. Sa sanction a sans doute été sévère. Il aurait dû être élu président de la FIFA, il s’est fait avoir par (Joseph) Blatter. Mais lorsqu’on veut être au sommet, il ne faut pas se laisser avoir. »

(Noël Le Graët, président de la FFFFFFFédération Française de Football, dans Ouest France, le 10/10/2018)

« Le sort du football ne doit plus être la chasse gardée d’une poignée d'élus » (M. Platini, courrier intégral à la FIFProFIFProFédération Internationale des Footballeurs Professionnels, le 03/03/2019)

Courrier de Michel Platini à la FIFPro et à son président Philippe Piat, le 03/03/2019 - © D.R. «  Monsieur le président, cher Philippe,

• Réunis hier (le 02/03/2019) à Aberdeen (ÉCO), l'IFABIFABInternational Football Association Board, organisme garant des lois du jeu et la FIFAFIFAFédération Internationale de Football Association ont décidé de sanctionner tout type de contact des mains avec le ballon. Autrement dit, le caractère non-intentionnel de ce contact ne sera plus librement apprécié par l’arbitre.

• Comme de nombreuses autres subtilités qui nourrissent la richesse de notre sport, cette notion de non-intentionnalité participait à accompagner le jeu. Elle laissait l’Esprit prédominer sur la Lettre. Elle motivait le corps arbitral à comprendre qu'à situation égale, le même geste ne traduisait pas la même intention. Tous les “joueurs du dimanche” comprendront de quoi je parle. »

« C’est aux joueurs que je m’adresse aujourd’hui, le football est votre jeu »

• «  Et c’est précisément aux joueurs que je m’adresse aujourd’hui. Le football est votre jeu. L’arbitre en est un rouage essentiel, mais il n’en est pas l’architecte.

• Sous prétexte de se protéger, il ne doit pas faire main basse sur l’essence même du football. Nerf de l’arbitrage, l’interprétation tisse un lien capital avec le jeu. En réduisant sa part, les décisions rentrent dans des cases et le jeu avec elles. Une voie périlleuse est empruntée.

• Je t'écris, cher Philippe, pour que la voix des joueurs professionnels incarnée par la FIFPro se fasse entendre désormais. Avec courage et conviction.

• Le sort du football ne doit plus être la chasse gardée d’une poignée d'élus.

• Défendez l’esprit du jeu. Défendez notre football !

• Salutations.  »

Michel Platini, courrier adressé à Philippe Piat, président de la FIFProFIFProFédération Internationale des Footballeurs Professionnels, le 03/03/2019

Michel Platini

Fiche n° 2164, créée le 20/02/14 à 17:04 - MàJ le 08/09/19 à 11:46

Michel Platini

Date de naissance : 21/06/1955

Parcours Depuis Jusqu'à
UEFA
Président Janvier 2007 à Octobre 2015
Janvier 2007 Octobre 2015
FIFA
Vice-président Janvier 2007 à Octobre 2015
Janvier 2007 Octobre 2015
Fédération Française de Football (FFF)
Vice-président Janvier 2001 à Décembre 2008
Janvier 2001 Décembre 2008
FIFA
Membre du comité exécutif 2002 à 2007
2002 2007
FIFA
Conseiller du président Joseph Blatter 1998 à 2002
1998 2002
Comité français d'organisation de la Coupe du monde 1998
Coprésident 1992 à 1998
1992 1998
Fédération Française de Football (FFF)
Sélectionneur de l'équipe de France Novembre 1988 à Juillet 1992
Novembre 1988 Juillet 1992

• 09/05/2016 : sanction réduite à quatre ans de suspension par le Tribunal Arbitral du Sport.

• 24/02/2016 : sanction réduite à six ans de suspension par la commission de Recours de la FIFA.

• 21/12/2015 : condamné à huit ans de suspension par la commission d'Éthique de la FIFA.

• 08/10/2015 : suspendu de toute activité dans le football pour 90 jours à titre conservatoire par la commission d'Éthique de la FIFA.

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• 24/03/2015 : réélu président de l’UEFA par acclamation pour quatre ans à Vienne (AUT).

• 22/03/2011 : réélu président de l’UEFA par acclamation pour quatre ans à Paris (FRA).

26/01/2007  : élu président de l’UEFA (Union des Associations Européennes de Football) à Düsseldorf, ALL).

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• Ancien milieu de terrain de l’AS Nancy-Lorraine (1973-1979), de l’AS Saint-Étienne (1979-1982) et de la Juventus de Turin, ITA (1982-1987).

• Vainqueur des Ballons d’Or 1983, 1984 et 1985.

• 72 sélections en équipe de France, 41 buts.


Fin
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